Comment supprimer l'inégalité des sexes ?
Je viens de penser à une solution simple et efficace pour supprimer les différences salariales entre hommes et femmes. Mais le voudrait-on vraiment ?
Depuis des années j’entends quantité de gens regretter la différence de salaire entre hommes et femmes dans notre pays. Mais bien sûr, il n’est pas question de toucher au libre marché dans le domaine de l’emploi. Pourtant, il n’est pas besoin de creuser beaucoup pour se rendre compte que le marché de l’emploi n’a rien d’un marché guidé purement par l’offre et la demande au sens classique du libéralisme. Cela signifie que l’Etat peut – et doit – parfois mettre son grain de sel pour garantir l’équité de ce marché (puisque le marché du travail en est un).

Ceci étant dit, il est également vrai qu’il ne s’agit pas de rigidifier les choses. La liberté essentielle de chacun n’a pas à être entravée : qu’il s’agisse de choisir son employeur ou son employé, au salaire mérité.


Or je viens de songer, à l’instant, à une solution très simple qui concilie liberté et égalité. Je me permets de la soumettre à votre sagacité. A l’avance je pense en riant intérieurement à toutes les conséquences qu’une telle mesure pourrait avoir. Mais ne brûlons pas les étapes, voici d’abord ma proposition.

La loi doit imposer, dans toutes les entreprises où le nombre d’employés revêt un caractère statistique (autrement dit : les grosses entreprises), une égalité de la masse salariale du personnel masculin et du personnel féminin.

C'est-à-dire qu’à l’échelle d’une entreprise, trois situations sont possibles :
- L’égalité : une entreprise qui possède le même nombre d’employés hommes et femmes devra payer les -hommes et les femmes – en moyenne – de façon identique.
- Plus d’hommes (exemple, usine avec travaux très physiques) : l’entreprise devra payer plus cher ses femmes en moyenne, et donc embaucher des cadres majoritairement féminins
- Plus de femme (exemple, caissières en supermarché) : l’entreprise pourra payer ses hommes plus chers, donc garder (comme aujourd’hui) un encadrement masculin… Dans un premier temps.

Très justement, vous me ferez remarquer que la situation 3 n’améliore en rien le sort des femmes et que cette solution ne fera qu’enfoncer plus encore nos ouvrières de supermarché. Au premier abord vous avez raison… Mais finalement, sur le moyen terme, les femmes qui verront de nombreuses offres bien plus alléchantes s’offrir à elles dans les entreprises situées dans les cas 1 et 2, n’auront aucune envie de rester sur ces postes ingrats pour le même salaire. Les entreprises de la situation 1 auront alors deux choix : soit augmenter ces ouvrières (au prix du marché de l’emploi), soit embaucher des hommes au même poste… Dans les deux cas c’est une révolution.


Et c’est bien là la force de cette idée : elle s’appuie sur l’offre et la demande sans la remettre en cause. C’est l’égalité qui s’appuie sur la liberté. Elle n’impose pas de manière aveugle, dans tous les domaines et pour tous les métiers une égalité standard qui n’aurait pas de sens. C’est l’erreur du dirigisme et de la bureaucratie de croire qu’on peut changer les choses tordant le cou à la réalité. Le slogan « Ensemble tout est possible » n’est que le dernier exemple des éternels révolutionnaires qui émaillent depuis toujours l’histoire des idées, laissant derrière eux plus de victimes encore que de gens qui les ont cru.

La force de cette idée, disais-je, est en ce qu’elle concilie liberté et égalité. C’est pourquoi je pense qu’elle ne devrait pas concerner les entreprises comptant un nombre d’employés inférieur à un certain seuil (dont la valeur est à définir). En effet il n’est pas difficile de percevoir l’absurdité qu’il y aurait à obliger une entreprise de deux, trois ou quatre employés à respecter une égalité parfaite. A ce niveau (et même pour des entreprises de taille supérieur) la relation entre les ouvriers, le patron ou les associés est humaine, individuelle. Ce qui n’est pas (ou peu) le cas à l’échelle d’une grande entreprise ou les relations entre les ressources humaines (les employés) et la direction – sans même parler des investisseurs / actionnaires – est purement statistique (masse salariale) et représentative (syndicats). L’incongruité qu’il y aurait à voir un commerçant à ne pas pouvoir faire travailler sa petite-nièce parce qu’il a déjà sa femme à la caisse, n’existe pas à l’échelle d’une grande entreprise. D’ailleurs certaines entreprises communiquent déjà sur le grand nombre de femme (ou de minorités) qu’elles emploient. C’est donc qu’une politique d’embauche de ce type (à portée statistique) est réalisable et se fait déjà dans les grandes entreprises.


J’imagine des conséquences nombreuses et de natures très diverses, pour une mesures d’apparence assez simple et technique. Ces effets seront largement au bénéfice des femmes. Mais paradoxalement aussi, et de manière inattendue, je pense que cette mesure sera aussi au bénéfice des hommes. Je pense aussi que les conséquences dépasseront largement cadre limité de l’égalité des sexes. Voici pourquoi.


La situation actuelle est la suivante :

- Plus de femmes que d’hommes en âge de travailler sont inactives
- A travail égal les femmes sont moins payées
- Plus on monte dans l’échelle des salaires, moins les femmes sont nombreuses, les hommes trustant 90% des très hauts salaires.

Du jour au lendemain (quelques années disons, autant dire rien à l’échelle de l’histoire des mœurs) cela ne sera plus possible. Or le déséquilibre actuel est tellement immense, entre hommes et femmes mais aussi entre les hommes eux-mêmes que les conséquences sont potentiellement énormes. En effet les très hauts salaires sont majoritairement masculins... Et de moins en moins pour des raisons de mérite ou d’ascenseur social. De plus en plus ces hommes sont à ces postes parce qu’ils sont bien nés, de bons géniteurs et avec le bon sexe… Ces hommes chanceux renonceront-ils facilement à ces avantages ? C’est là que tout se joue. Imaginons plusieurs cas.

- Cas 1, la fermeture total des hauts cadres, au dépend des hommes : Les hauts cadres dirigeants sont sexistes et ne veulent pas partager leurs revenus, ni ouvrir le cercle fermé dans lequel ils vivent : ils refusent l’accès des très hauts postes aux femmes. La conséquence est que pour respecter la loi les femmes doivent être payés plus chers que leurs collègues directs masculins. Ou êtres plus nombreuses… ce qui revient au même à l’échelon national (diminution du chômage féminin donc hausse des salaires féminins par l’effet de l’offre et la demande). Mais la conséquence directe est que le salaire des hommes sera diminué à un niveau inférieur à celui des dames, uniquement pour protéger les hauts revenus de quelques dirigeants. Les hommes sont doublement humiliés : dans leur virilité et dans l’honneur d’être humain. Pourraient-ils l’accepter sans se révolter ?
- Cas 2, l’ouverture aux femmes, sans partage : les très hauts salaires veulent protéger leurs revenus, et pour cela ils acceptent d’ouvrir leurs cercles à des collègues féminines. Ca n’a l’air de rien, mais en soit c’est une mini-révolution. En effet, le fait de recruter aussi rapidement de nouvelles personnes dans ces cercles casse (au moins pour quelques temps) le train-train d’une élite masculine très fermée ou chacun se coopte mutuellement. C’est une mini-révolution, pour tout le monde, que d’être dirigés par une élite un petit peu plus ouverte, et faisant potentiellement plus confiance au mérite qu’au copinage.
- Cas 3, le partage pour éviter l’ouverture aux femmes : les cadres dirigeants sont très fermés à l’arrivée de femmes à la tête de l’entreprise et acceptent de diminuer sensiblement leurs revenus qui ont augmentés de façon exponentielle ces dernières décennies (pour des raison douteuses). Pour la première fois depuis des décennies, la courbe des inégalités diminue. Plus que révolutionnaire : le nature humaine étant ce qu’elle est, on n’imagine même pas qu’un tel effet soit possible.


Notez que le résultat réel pourrait être un mélange de plusieurs de ces cas, et qu’un cas peu mener à un autre… Dans toutes les situations, la portée de cette mesure est bien plus large que la simple question de l’égalité des sexes. Problème : dans leur confort actuel, les hommes de pouvoir (politique et économique) – et les femmes ! - sont-ils prêts à accepter les effets indirects de ce jeu de domino ? J’en doute. Raison qui me fait penser que l’égalité des sexes n’est plus depuis longtemps une lutte de pouvoir entre Monsieur Madame Dupont, mais entre les français et leurs élites. Et que cette deuxième manche ne sera pas forcément pas la plus facile …


Vous me pardonnerez d’avoir éludé plusieurs sujets que je ne considère pas comme sans rapport, mais secondaires. Dans tous les cas je suis ouvert à toute remarque. Je citerais en vrac :

- Il est vrai que des différences entre hommes et femmes existent réellement, et il ne s’agit pas de créer un monde asexué. Pour moi, l’égalité des sexes n’est pas la disparition des sexes et des différences, hypothèse qui m’est d’une tristesse infinie. Mais cette différence ne justifie pas qu’un sexe prenne le pouvoir sur l’autre (ou l’argent, ce qui revient au même).
- Certes, il y a actuellement quelques raisons objectives pour un patron de préférer prendre un homme qu’une femme (Risque de grossesse…) Pour autant cette réalité ne me semble pas inadaptable à un monde d’entreprise sexuellement égalitaire (Soutien à plus d’investissement paternel : congés paternités, 4/5ème ou mi-temps pour hommes, etc.)
- Une objection pourrait être « Pourquoi défavoriser les grandes entreprises ? » ou à l’inverse : « Pourquoi pas appliquer ça à toutes les entreprises au lieu de faire une demi mesure ? » Ces deux questions sont les deux points de vue radicaux et opposés. Le propre des propositions réellement révolutionnaires est qu’elles s’adaptent réellement à la réalité. Si l’égalité doit se faire au dépend de l’emploi, alors elle est vouée à l’échec, à court ou moyen terme. Dans le détail ici, ma proposition ne gène pas les grandes entreprises comme je l’ai déjà expliqué. En revanche, des règles aussi rigides auraient des conséquences immenses sur un tissu de PME déjà fragile dans notre pays. Or – et beaucoup de pays l’ont compris – les PME sont vitale à l’économie (et à l’emploi) d’un pays. En France, il est de notoriété publique que les grosses entreprises sont très avantagées par rapport aux PME… Et nous en subissons tous les conséquences. Dans ce contexte, favoriser un tout petit peu les PME sera pratiquement invisible et moralement inattaquable.
- « Si les femmes travaillent plus, elles feront moins d’enfants. Or sur le long terme la puissance d’un pays est directement liée à sa natalité ». C’est une bonne objection, et je n’ai pas de réponse définitive. On peut aussi imaginer une société où les hommes prennent plus le relais des femmes qu’aujourd’hui, dans l’éducation des enfants.
- « L’effet “ouverture de l’élite grâce aux femmes“ tel que décrit dans le cas 2 est sympathique mais temporaire : on peut penser que rapidement, les élites se referment de la même manière, mais avec des hommes et des femmes ». C’est exact, à ceci près qu’il sera toujours un petit peu plus difficile de s’enfermer entre soi avec des femmes, qu’entre hommes seulement… La diversité apporte forcément un peu d’ouverture, aussi limitée soit elle, il est vrai.
- Le texte s’appuie sur l’idée que la fermeture des élites (et toutes les conséquences qui y sont liées), en France, est un des drames de notre pays. C’est ici un axiome que je ne cherche pas à justifier ou expliquer.
- Il va de soi qu’une telle mesure s’accompagnerait d’une marge de tolérance pour l’entreprise (Exemple +/-5% entre la masse salariale homme/femme).
Conseiller la lecture de cet article : Une étoile : conseiller la lecture de cet article Une étoile : conseiller la lecture de cet articleUne étoile : conseiller la lecture de cet article Une étoile : conseiller la lecture de cet articleUne étoile : conseiller la lecture de cet articleUne étoile : conseiller la lecture de cet article
Commentaires




Si "Envoyer" n'a aucun effet, vérifiez que vous avez bien rempli les champs "Nom" et "Texte", ou, le cas échéant, que l'email et l'URL soient valides.
"Trop souvent, en écoutant tel ou tel média, on sait qui est le maître et cela me gêne profondément."
Dominique de Villepin