- Résultat du référendum sur le projet de traité constitutionnel : Réaction à chaud
- Election après élection, le fossé se creuse entre les élites et la population. Jusqu'où ira-t-on?
- Voilà, c'est fait, le 'non' a gagné. J'ai une sensation très bizarre. Une impression de 21 avril. Un tremblement de terre, un bouleversement soudain. Le coup de griffe du fauve qui attendait depuis longtemps que quelqu'un arrive à sa portée. Le coup de pied dans la fourmilière d'un peuple qui a si rarement l'occasion de se sentir peser d'une quelconque façon sur les décisions. Mais à l'instar des fourmis les hommes politiques se moquent bien des coups de pieds. On enlève les gravats, on recreuse les galeries et c'est reparti. La reine n'as pas bougée, sa cours non plus, et la vie continue.
D’après les sondages de sortie des urnes, 40% des personnes interrogées disent avoir voté, aussi, en fonction de leur mécontentement de la situation politique actuelle…
Après la stupeur, ce premier instant glacé, la première chose que je me dis est, combien de 21 avril faudra-t-il encore pour que nos élites commencent à essayer d'entamer la découverte du début d'un commencement d'entame de réflexion sur le pourquoi du mécontentement de leur peuple. Le peuple est-il anti-démocratique (ce qui serait au moins étymologiquement un peu bizarre) ? Pourtant dans les moments essentiels il sait montrer un attachement féroce à sa démocratie : après le 21 avril Le Pen a été battu à 80% avec un taux de participation exemplaire, aujourd'hui ce vote sur la constitution a connu aussi un très très bon taux de participation. Alors quoi ? Ce peuple vote mal ? L'idéale serait-il de changer de peuple pour que nos dirigeants soient heureux ? Ou alors est-il trop bête, trop ignare pour comprendre ? Les pauvres seraient-ils trop occupés à leurs tâches bassement physique pour s'enrichir l’esprit ? On pourrait alors rétablir le vote censitaire comme à la bonne époque, non ? Pourquoi est-ce qu'un chômeur aurait le même poids qu'un grand PDG alors que ce dernier "apporte beaucoup plus à la société" ? Avec le vote censitaire les débats médiatiques ne changeraient pas beaucoup, en revanche les résultats d'élection seraient beaucoup plus justes.
Après la claque du 21 avril personne n'a tiré de conclusion. Ni la droite qui a appliqué bêtement une politique de droite stricte alors qu'elle avait été élue sur un 'non' républicain et rassembleur, anti-Le Pen; ni la gauche pour qui Jospin n'est pas responsable de sa défaite et qui pense toujours que la France à conquérir c'est le citadin bobo classe moyenne; ni les média qui continuent de blablater leur ineptie libérale-libertaire post-soixantuitarde bien-pensante; ni la presse qui, avec l'aide active des politiques et de gros groupes industriels/financiers, voit sa pluralité et son indépendance de parole s'amoindrir jour après jour...
Tout ça se sont de belles paroles. Mais tiens, puisque qu'on parle de la presse et des média... Vous savez déjà que 70% du temps de parole a été occupé par le 'oui', on en a déjà assez parlé (bel exemple de démocratie, c’était bien la peine de faire la leçon aux américains et aux russes). Mais savez-vous que pour la première fois dans l'histoire de la presse du XXème siècle, pour la première dans une campagne électorale, tous les journaux ont milité dans le même camp. TOUS je dis bien, les quotidiens, les news magazines, les hebdos, mensuels, les nationaux, et même les régionaux qui sont pourtant très nombreux; au mieux certains se sont abstenus. Même lors du référendum de Maastricht, ou le débat était pourtant beaucoup plus doux, il s'en était trouvé, parmi les nombreux régionaux, un certain nombre pour militer pour le 'non'. Mais depuis, ces régionaux ont été rachetés par quelques méga-groupes de presse. Et le pluralisme a disparu tout seul, malgré les belles promesses (qu'il fallait être bien naïf pour croire).
Une élection où TOUS les journaux militent dans le même sens... La presse écrite qui est traditionnellement LE lieu de la pensée politique et du débat publique démocratique. Le décalage entre la France d'en haut est devenue colossale : 55% des français pensent le stricte contraire de 100% des journaux !
Et que penser aussi du 81% de 'non' parmi les ouvriers. Cette catégorie sociale qui représente 30% de la population totale mais qui est complètement absente de tous les cercles politiques. Cet électorat traditionnellement de gauche qui a été complètement abandonnée par le parti socialiste (et communiste) qui lui préfère désormais le jeune bobo citadin branché. Que penser de ces 30% de la population qui sont de fait exclus de la vie politique, autant physiquement que idéologiquement ? Que penser de ce tiers de la population qui n'a plus désormais pour seul choix politique que l'extrême-droite, l'extrême-gauche, ou le vote blanc, qui n'est même pas comptabilisé comme tel ? Comment peut-on encore oser lui reprocher de "mal voter" ?
En une question comme en cent, faudra-t-il attendre que Le Pen passe le second tour pour que nos élites se réveillent ? Faudra-t-il attendre qu'il soit vraiment trop tard ?? En posant cette question j'ai peur. Peur de la réponse.
- 30/05/2005 10:50
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"Femme : Ensemble de courbes qui participent à l'érection de droites."Inconnu